Mots croisés : Politique

Inauguration de la nouvelle émission de Radio Campus, Homo Politicus, qui part du principe que tout le monde ne s’intéresse pas spontanément à ce qui est politique. Et que les sciences politiques, comme toute autre science, peuvent (et peut être doivent) faire l’objet de vulgarisation. En commençant par tracer les contours de cet objet : « politique ».

Chronique du 24/10/2017, (ré)écouter la totalité de l’émission ici

Je vais vous faire une confidence : les étymologies ne servent à rien. J’adore ça, mais ça ne suffit jamais en soi. Regardez, prenez le mot étymologie, du grec etumos, ce qui est véritable et de ce fameux concept logos, parole, pensée, science. La science du véritable. Mais justement l’étymologie n’a pas de valeur de définition. Au mieux elle nous renseigne sur l’usage d’un mot dans un contexte historique. Regardez le mot du jour : po-li-tique. Du grec, bien sûr, polis la cité, politès, le citoyen, politikos…politique. Bon. Ce qui a rapport avec la vie de la cité. Franchement nous voilà guère avancé.

En fait le véritable intérêt de l’étymologie, c’est de faire réfléchir sur d’où vient un concept. Mais ensuite il faut le décortiquer, et c’est là qu’intervient la définition. Alors il y a plein de méthodes pour bâtir une définition, utilisons les outils de la sociologie, de la science politique ou des sciences humaines en général. Et la première chose qu’on apprend à un étudiant ou une étudiante qui débarque à Sciences Po, c’est qu’on peut couper la pomme en trois. Et que « politique » c’est trois mots différents : le politique, la politique, les politiques.

Le politique, au masculin, c’est le plus noble (parce que notre langue est sexiste). C’est le mode d’organisation d’une société et du pouvoir. La politique c’est la scène des jeux de celles et ceux qui veulent le pouvoir, à la House of Cards. Les politiques sont des expressions de l’action publique, qu’est-ce que les institutions fabriquent, concrètement.

Par exemple, « l’Assemblée Nationale vote les lois, c’est un organe législatif ». C’est une analyse sur LE politique. « L’Assemblée Nationale est l’endroit où les députés se gueulent dessus. » C’est une analyse sur LA politique. « L’Assemblée Nationale vient de voter une loi anti-terroriste qui reprend des éléments de l’état d’urgence. » C’est une analyse sur les politiques.

Et pour finir, qu’est-ce qui relie les trois aspects ? Sans doute, c’est le pouvoir. La structure du pouvoir, c’est le politique, la lutte pour le conquérir, la politique et vous avez compris le résultat du pouvoir sont les politiques. Bien sûr les cases se mélangent parfois. Et surtout, ce qui est qualifié de politique par une société ne l’est pas forcément dans une autre société ou dans une autre période. Et pour prouver qu’une citation c’est comme une étymologie, c’est utile que si on l’explique, je vais terminer avec Nicolas Machiavel, sans contexte, qui disait « Tout n’est pas politique. Mais la politique s’intéresse à tout ».

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Mots-croisés : démocratie

2e passage de l’Homo Politicus sur Campus FM. Après s’être penché-e-s sur le politique, tentons de – rapidement – définir la démocratie.

Chronique du 08/11/2017 (ré)écouter la totalité de l’émission ici

République populaire démocratique de Corée. Voilà le nom complet de la Corée du Nord. Bien entendu, se revendiquer démocratie ne suffit pas pour en être une. Côté étymologie, le duo archi connu demos, le peuple, kratein, avoir le pouvoir. Mais soulignons que ce n’est pas n’importe quel peuple et n’importe quel pouvoir. En grec il existe trois mots pour dire peuple : laos [la multitude, appliquée souvent pour une armée], oklos [la foule, un peu plus péjoratif] et demos [entité politique]. Trois mots aussi pour diriger : arkhein [commander militairement], hégéomai [commander]  et kratein [détenir la force du pouvoir]. Donc, plus précisément démocratie veut dire « gouvernement par l’ensemble des citoyens ».

Maintenant une petite question. Quand est-ce que la France est devenue une démocratie ? En 1789 avec la Révolution et les Droits de l’Homme ? En 1848, où le droit de vote a cessé d’être payant ? En 1881 et la liberté de la presse ? Ou bien en 1945, quand les femmes ont enfin pu voter ? Peut être même en 1981, à l’abolition de la peine de mort ? Voire en 2012 quand les citoyens homosexuels sont devenu égaux avec les hétéros, face au mariage, au strict regard de la loi en tout cas…

Le but de cette frise chronologique n’est pas de vous faire réviser des dates. Le but est en fait de montrer à quel point la démocratie n’est pas un état figé, mais un processus en constante construction.

De ce fait, il y a plusieurs types de démocraties, mais nous aurons l’occasion d’y revenir. Alors à grands coups de burin, essayons de nous accorder sur un minimum syndical de la démocratie. État de droit, séparation des pouvoir, libertés individuelles, droits sociaux et politiques, liberté de la presse, élections ou consultations régulières et non faussées, j’en oublie. J’adorerais demander à Kim Jong Un comment il se justifie dans chacune de ces catégories.

Duel Macron Le Pen : le risque du Coup de Jarnac

1547. Un duel s’engage entre le baron de Jarnac et le seigneur de la Châtaigneraie. Ce dernier, ami du Dauphin, passe pour un épéiste d’exception, personne ne le voit perdant. Pourtant, après l’exécution d’une botte surprise à l’arrière du genou, Jarnac parvient à le battre par surprise. La connotation négative de l’expression “coup de Jarnac” vient plus tardivement, à l’époque ce n’était qu’une botte audacieuse, pas un coup de traître. Dans chaque duel on peut craindre le coup de Jarnac, dans les règles de l’art. Ou non.

Texte intégral d’une chronique GMT plus courte du 03/05/17

Duel, Coup de Jarnac, Saint Germain en Laye

Au château de Saint-Germain-en-Laye, on se souvient que les duels peuvent mal finir pour les favoris. Crédit CC0

Avant de me lancer dans l’exercice de comparaison des programmes de Le Pen et Macron, à quelques jours du second tour, petites précisions. D’abord les comparaisons points par points, vous en trouverez des centaines sur Internet, avec des tests, etc. Accessoirement les deux programmes des candidat-e-s sont en ligne (ici pour le FN, ici pour EM). Donc je vais plutôt regarder la philosophie globale des deux programmes. Celui du FN est déplorable, mais l’horreur raciste, antisémite, sexiste, homophobe, colonialiste, et néo fasciste du FN ne transparaît pas entièrement dans la partie économique. C’est pourquoi je voulais le rappeler, pour ne pas trop les mettre sur le même plan, avant de regarder ce que les deux candidats nous proposent en termes économiques.

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Marine Le Pen, au nom du pèze et du fisc

Dernière chronique « Pour faire bonne mesure » à une semaine du premier tour. Et non des moindre. Le programme du FN est riche en hypocrisie, erreurs, ou intoxs… Par où commencer ? La sortie de l’euro, la politique migratoire, sécuritaire, fiscale ? J’ai choisi de me concentrer sur les propositions de cette riche héritière à propos de l’héritage.

Aucun programme économique n'est plus favorable à Marine Le Pen que le sien. Crédit photo : Olaf Kosinsky / Wikipedia

Aucun programme économique n’est plus favorable à Marine Le Pen que le sien. Crédit photo : Olaf Kosinsky / Wikipedia

« Entre la droite du fric et la gauche du fric, je suis la candidate de la France du peuple ». Marine Le Pen ment. Et Marine Le Pen ne ment pas seulement en raison de son patrimoine, parce qu’elle a un manoir à Saint Cloud, assorti d’un parc privé d’un demi hectare, une maison de 200 m² à Rueil Malmaison et une maison de vacance dans le Morbihan, évaluée à 1 million d’euro. Non Marine Le Pen ne ment pas seulement parce que c’est une très riche héritière, héritage immobilier, matériel, mais aussi idéologique et symbolique. (Encore qu’il est possible qu’elle mente sur cela aussi, au vu des questions du fisc sur l’évaluation de ses biens). Continue reading

Jean-Luc Mélenchon et l’impôt : on s’en paye une tranche ?

La Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) est souvent présentée comme une taxe injuste, parce qu’elle frappe tous les consommateur-ice-s sans proportionnalité avec le revenu. L’impôt sur le revenu, lui, est présenté comme plus juste car progressif. Est-ce une raison pour déplorer, comme le candidat de la France Insoumise, que tous les Français-e ne l’acquittent pas ? Si on ne parle pas de la fraude fiscale, mais bien de la partie la plus pauvre des ménage, rien n’est moins sûr.
Chronique GMT 15/02/2017

Jean-Luc Melenchon

Il en faudra, des qualités de tribun, pour faire accepter les réformes fiscales proposées par Mélenchon.

La moitié des français-e-s ne payent pas l’impôt sur le revenu. Il faudrait donc créer des nouvelles tranches pour que les ménages les plus pauvres participent aussi, très faiblement, mais symboliquement, aux recettes publiques. Cet argument Jean-Luc Mélenchon le tient régulièrement, et dans son programme on trouve la création de 10 nouvelles tranches d’impôt pour que tout le monde participe à la hauteur de ses moyens. Effectivement aujourd’hui, l’impôt sur le revenu démarre à partir de 10 000 € annuels environ. Continue reading

Cadrage budgétaire : de qui se moque Manuel Valls ?

État d’urgence, déchéance de nationalité, article 49 alinéa 3, l’ex Premier ministre connait sur le bout des doigts la Constitution de 1958, écrite par certain général. Il est bien le candidat du foutage De Gaulle. Pour faire sérieux, il adjoint un cadrage budgétaire à son programme : il aurait mieux fait de s’abstenir.
Chronique GMT 01/02/2017

SPD Bundesparteitag Berlin, 10.-12. Dezember 2015, CityCube, Messe Berlin

Franklin sait compter deux par deux et lacer ses chaussures. On espère que Manuel Valls sait lacer ses chaussures. CC 3.0 Olaf Kosinsky

                Jusqu’ici, calendrier oblige et à l’exception d’un billet sur Benoît Hamon, l’autre finaliste de la primaire de la  Belle Alliance Populaire, je me suis concentré sur la droite. Ne vous inquiétez pas, on s’intéressera bien sûr aussi à la gauche, mais la prochaine fois, puisqu’aujourd’hui la chronique porte sur Manuel Valls. À cette heure, je ne sais pas encore s’il a été battu, mais quoiqu’il en soit c’est une bonne occasion de parler de son programme économique. Continue reading

Benoît Hamon : quel débat sur le revenu de base ?

Revenu de base, revenu d’existence, allocation universelle. Si les noms de cette mesure sont multiples c’est que ses modes de mise en œuvre sont très variés. Le principe est que l’État donnerait une certaine somme d’argent à tout le monde sans condition. Bien sûr, les questions immédiates sont: quel montant ? qui est « tout le monde » ? et quel financement ?
Retour sur la mesure principale du programme économique de Benoît Hamon, et les débats qu’elle suscite.

Benoit Hamon Saint Denis CC0

Benoît Hamon parviendra-t-il à “faire battre le cœur de la France” avec son revenu universel ?

750€, c’est la somme que fixe le candidat à la primaire de la Belle Alliance Populaire pour son Revenu Universel d’Existence. Première étape pour lui : la revalorisation du RSA (+10%) et son automaticité pour éviter le non-recours, aujourd’hui très élevé, excellente idée. Deuxième étape : extension des bénéficiaires à toute la classe d’age 18-25 ans. Troisième étape une « grande conférence citoyenne » pour déterminer les modalités, le calendrier etc du passage à l’universalité de la mesure. Après plusieurs hésitations voilà précisément la mesure de Benoît Hamon.
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Macron, bas de plafond (d’indemnité)

Chronique GMT du 14/12/2016.
Emmanuel Macron appelle au « rassemblement des progressistes de gauche et des progressistes de droite ». S’il semble apprécier l’oxymore, il manie non moins souvent l’emphase. Pour lui En Marche ! est une révolution. Pourtant, après trois décennies de politiques néolibérales, peut-on vraiment se prétendre progressiste quand on réutilise toujours les mêmes propositions, la même vision du marché ? Exemple avec les indemnités prud’homales.

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Emmanuel Macron est prêt, et nous ?

Cette chronique a été écrite comme Emmanuel Macron a écrit son programme économique : à la dernière minute. Si bien que le plus difficile a été de trouver une mesure concrète de ce programme. Resté plutôt flou sur le sujet, l’ex-ministre de l’économie a préféré, jusque là, discuter de sa méthode et de sa vision de la politique. Pourtant il a laissé échapper quelques idées. Temps de travail (vers le plus plutôt que vers le moins), petits réajustement dans les cotisations sociales… rien de bien spectaculaire. Ce qui a donc retenu mon attention c’est une petite phrase à propos des indemnités prud’homales, il souhaite instaurer « un plafond et un plancher en fonction des moyennes observées ». Continue reading

Le Brésil : pays émergé ?

Chronique GMT de mars 2015

Dernière reprise des anciennes chroniques de Ciel Mon Lundi. Depuis, le Brésil a connu sa pire crise politique depuis la fin de la dictature en 1985. Ayant abouti au processus de destitution de Dilma Roussef, cette crise s’est accompagnée de manifestations contre le gouvernement du Parti Travailliste puis contre l’arrivée au pouvoir du vice-président Temer. Déjà visibles en 2015, les fragilités économiques du Brésil, qui souffre toujours du prix relativement bas du pétrole, n’ont pas du tout été résolues par le nouveau gouvernement. Et les J.O. n’ont pas changé grand chose [L’Express]
Encore une fois tous les chiffres viennent de la Banque Mondiale

Brésil ; montage H.F. ; CC 0

Géant de l’Amérique du Sud, le Brésil fait partie des BRICS. La catégorie est-elle encore pertinente ?

            Hoje vamos falar sobre a economia brasileira, tudo bem ? Avant toute chose, s’il vous plait, ne pensez pas qu’on parle partout espagnol en Amérique du Sud ! On appelle ça l’Amérique latine et pas hispanique pour une raison : une raison de 8 500 000 km² (quand même la moitié du continent), une raison de 200 millions d’habitants, une raison qui est la 7e économie mondiale en terme de volume du PIB, juste derrière la France (puisque les Britanniques nous sont passés devant en janvier, le jour même des attentats à Charlie Hebdo). Cette raison, vous l’avez compris, cette raison, è o Brasil ! Et on n’y parle pas brésilien non plus, mais portugais, merci !                Continue reading

Juppé le jeune

Chronique GMT du 30/11/2016
Malgré sa campagne en grande partie adressée aux jeunes, Alain Juppé n’a obtenu que trop peu de voix aux second tour de la primaire de la droite. Il ne sera pas président. Sans valider le programme ultra libéral de son concurrent (première auto-promo), on peut se demander ce que celui de Péju apportait de vraiment neuf.

Capture d'écran trominion.com

Les fans déçu-e-s pourront se consoler avec les goodies

Ah Juppé ! Il est jeune ! Il est moderne ! Il joue au beer pong et il va enfin nous sauver de Marine Le Pen, de Hollande et même de Fillon tiens ! Finalement, le renouveau c’était Bruno ou c’est Alain ? Continue reading