Le Brésil : pays émergé ?

Chronique GMT de mars 2015

Dernière reprise des anciennes chroniques de Ciel Mon Lundi. Depuis, le Brésil a connu sa pire crise politique depuis la fin de la dictature en 1985. Ayant abouti au processus de destitution de Dilma Roussef, cette crise s’est accompagnée de manifestations contre le gouvernement du Parti Travailliste puis contre l’arrivée au pouvoir du vice-président Temer. Déjà visibles en 2015, les fragilités économiques du Brésil, qui souffre toujours du prix relativement bas du pétrole, n’ont pas du tout été résolues par le nouveau gouvernement. Et les J.O. n’ont pas changé grand chose [L’Express]
Encore une fois tous les chiffres viennent de la Banque Mondiale

Brésil ; montage H.F. ; CC 0

Géant de l’Amérique du Sud, le Brésil fait partie des BRICS. La catégorie est-elle encore pertinente ?

            Hoje vamos falar sobre a economia brasileira, tudo bem ? Avant toute chose, s’il vous plait, ne pensez pas qu’on parle partout espagnol en Amérique du Sud ! On appelle ça l’Amérique latine et pas hispanique pour une raison : une raison de 8 500 000 km² (quand même la moitié du continent), une raison de 200 millions d’habitants, une raison qui est la 7e économie mondiale en terme de volume du PIB, juste derrière la France (puisque les Britanniques nous sont passés devant en janvier, le jour même des attentats à Charlie Hebdo). Cette raison, vous l’avez compris, cette raison, è o Brasil ! Et on n’y parle pas brésilien non plus, mais portugais, merci !               

On a coutume de dire que le Brésil, au même titre que la Chine, l’Inde et la Russie serait un « pays émergent ». On comprend assez bien pourquoi, jusqu’à récemment on a pu mettre les pays associés internationalement en BRIC dans le même sac, auquel s’est ajoutée l’Afrique du Sud. Mais aujourd’hui, est-ce toujours pertinent ? En fait, depuis que la Chine est passée devant les Etats-Unis en PIB (calculé en parité de pouvoir d’achat, avec les réserves que l’on peut émettre sur les statistiques chinoises officielles) et que la Russie souffre de beaucoup, beaucoup de problèmes économiques, ce sac de BRICS craque un peu.

Une situation économique moins bonne que celle attendue pour un BRIC

            Cette semaine, je voudrais montrer que finalement, le Brésil, par certains aspects, a une économie qui nous ressemble un peu. En fait, on pourrait presque dire qu’il est comme nous, puisqu’il est…dans l’OTAN ? Dans l’OCDE ? Dans une organisation régionale économique, le Mercosur ? Non ! Dans la galère ! Oui ils ont connus de très bons chiffres de croissance dans les années 2000 (à 3,4% de croissance en moyenne par an) oui ils ont connu une super année 2010, de triste mémoire en Europe, avec une croissance de 7,5% OKLM. Mais là, depuis quelques temps, ça ne va pas fort fort. On est sur une légère récession avec -0,3% environ.

            On cite toujours l’exemple des inégalités comme caractéristique des pays du BRICS. Il faut quand même souligner que l’on est ici sur une dynamique de réduction de la pauvreté (22% de la population vivait avec moins de 2$/jour en 2000 et 10% aujourd’hui). Cela va de paire avec une construction d’une classe moyenne qui s’élargit et s’affirme sans cesse, notamment depuis les mandats Lula et Roussef. L’inégalité, en revanche, se creuse aussi par le haut. Si vous voulez une donnée assez inutile parce qu’elle ne veut pas dire grand-chose, mais illustre quand même l’idée : c’est depuis 2006 qu’il y a plus de milliardaires au Brésil qu’en France. Là où le Brésil en revanche connait un problème qui nous est aujourd’hui épargné (on a presque le souci inverse) c’est l’inflation. Entre 2013 et 2014 les prix ont augmenté de 6,4 % et si le Brésil a connu des moments bien pires, c’est déjà très élevé. Quand je dis bien pire c’est quand même 2225% d’inflation en 1994, et là ça faisait tout bizarre. La banque centrale fait ce qu’elle peut, et cherche absolument à la ramener autour de 4% ce qui ferait bien rire la BCE.

            Du côté de l’import-export, ça tend à se dégrader depuis 10 ans. Auparavant, en 2005, le Brésil était exportateur net de marchandises (donc exportait plus qu’il importait) à hauteur de 45 milliards de dollars, aujourd’hui, comme il importe de plus en plus et que les exportations progressent moins vite, on est passé à moins de 20 milliards. Pour ce qui est des services, là le Brésil est importateur net depuis un moment. Au total, qu’est-ce que ça donne ? Pour faire simple, ce n’est pas brillantissime, mais ce n’est pas catastrophique non plus, pour donner un ordre d’idée on est sur un déficit du commerce extérieur d’un milliard de dollars bon an mal an. A titre de comparaison en France ça fait des années que le déficit commercial extérieur est autour de 60 milliards.

            Depuis dix ans, le Brésil, à force d’être émergeant, a progressivement émergé, si bien qu’aujourd’hui on peut se demander s’il ne s’est pas plutôt rapproché des économies plus développées. Evidemment ce n’est pas encore exactement le même profil, ça ne le sera sans doute jamais complètement puisque le développement se fait dans d’autres circonstances. Cependant, on voit que le Brésil connait certains problèmes identiques aux nôtres. Par contre il a de nombreux atouts, juste, au passage, un petit dernier pour voir si vous avez suivi la chronique sur la dette. La dette publique au Brésil correspond aujourd’hui à 65% de son PIB contre 95% pour la France. Le déficit public lui est tout de même de 3,4% du PIB ; ça reste un point de moins que la France.

            Après tout, si la Chine a pu dépasser les Etats-Unis, pourquoi le Brésil ne dépasserait-il pas la France ?

 

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