Le krach boursier en Suisse, une simple bourde de la banque centrale ?

Chronique GMT de janvier 2015
Encore une fois, si on est plus tout à fait sur l’actualité, je crois qu’il n’est pas inutile de rappeler que des politiques monétaires qui créent la surprise ou instaurent du doute – et c’est bien ce qui s’était produit en Suisse début 2015 – peuvent déclencher des crises boursières immédiates, même lorsqu’elles ne concernent pas le dollar, l’euro ou le yen.

Franc Suisse Pixabay CC0

Suite au krach boursier de janvier 2015, les prix (relativement à l’euro) se sont envolés

À l’heure où j’écris cette chronique un événement majeur s’est déroulé chez un pays voisin. Ce pays en trois mots c’est la montagne, le fromage et les montres, mais aussi le dernier pays d’Europe où il y a des francs. Manon [chroniqueuse et présidente de l’association] doit en avoir marre des clichés sur son pays. Bon là si vous n’avez pas trouvé… mais alors, que s’est-il passé en Suisse ? Les tragiques et récents événements en France ont un peu masqué l’actualité mais la Suisse a subi un krach boursier ! Comme quoi ce n’est pas réservé aux grandes places boursières comme New York, Tokyo, Londres, ou Paris.

Le franc suisse entouré par l’euro

                Faisons un point sur la situation, en revenant à 1999. A cette époque, la banque nationale suisse (BNS), banque centrale du pays – donc celle qui gère l’émission de devises et la politique monétaire –  prend  la décision d’établir un taux plancher avec la nouvelle monnaie européenne. Et le 15 janvier dernier, elle a annoncé la fin de ce taux plancher, déclenchant un vent de panique sur les marchés.

                Déjà, qu’est-ce que cela signifie que ce taux plancher ? La BNS ne voulait pas que le taux de change dépasse les 1€ pour 1.20 francs suisses. Autrement dit, elle voulait conserver une monnaie inférieure en valeur à l’euro, puisqu’il fallait plus d’un franc suisse pour faire un euro, et ce pour deux raisons majeures : garder des produits relativement moins chers à l’exportation (puisque libellés dans une devise plus faible que l’euro) et démontrer une différence avec l’euro, en se présentant comme valeur refuge, surtout au moment de la crise de l’euro en 2010. Elle ne voulait surtout pas arriver à 1€ = 1 franc suisse, sinon les investisseurs seraient devenu indifférents entre les deux devises. Car, et c’est un peu ça qui a déclenché l’explosion, sans cette politique, le franc suisse serait beaucoup plus proche de l’euro, puisque la demande est forte, ce qui crée une pression à la hausse. Pour faire une image, plutôt que de mettre une soupape, ils ont fermé la valve de manière étanche, pourquoi pas ? Pour maintenir ce taux plancher malgré la pression donc, la BNS a dû acheter beaucoup de devises étrangères, c’est-à-dire littéralement vendre des francs suisses. Si la monnaie était un bien comme les autres, on pourrait dire en gros que pour répondre à la demande, la BNS a préféré augmenter la production plutôt que de laisser augmenter le prix.

Le brusque abandon du taux plancher

                Bon mais alors où est le problème ? La BNS a-t-elle décidé qu’elle avait trop de devises étrangères (et non je ne ferais aucune blague sur une xénophobie suisse, on a déjà assez à faire en France) ? Pas du tout, la BNS a juste calculé que désormais le marché suisse pourrait résister à la pression. Très bien, mais comment auriez vous fait, vous, pour supprimer le taux plancher ? Sans doute vous l’auriez affaibli de plus en plus jusqu’à ce qu’il disparaisse ? Or là, plutôt que d’ouvrir la valve très doucement, Thomas Jordan (président de la BNS) a préféré mettre un grand coup de marteau dedans. Il a annoncé la suppression pure et simple du taux plancher, comme ça, sans crier gare.

                Pourquoi c’est un problème ? Déjà, les marchés n’aiment pas ce qu’ils n’ont pas pu prévoir (la mesure devait être appliquée d’ici 6 mois-1 an). Ensuite, les pressions à la hausse se sont déchaînées et ont a eu en quelques heures le fameux cauchemar du 1 franc = 1 € et même pire, pendant un bref moment, le franc était passé au dessus de l’euro. La très brusque appréciation du franc suisse conduit à une augmentation générale des prix à l’export, le journaliste Jean-Luc Testault [ex-AFP] fait même le calcul que le big-mac reviendrait du coup à 6.37 € (contre un peu moins de 4€ en France).

 

                Pourquoi le krach boursier alors ? Parce que tout le monde a voulu se débarrasser d’un coup des actions des entreprises suisses, en anticipant les gros problèmes qu’elles auraient à exporter, les actions devenaient alors moins intéressantes. Tout le monde vend en même temps, donc la valeur des actions s’effondre, au total, sur toute la place financière, la bourse a perdu 8.72% le jeudi soir et à nouveau 5.96% le vendredi soir ce qui est énorme. Donc, oui, on peut parler de véritable krach boursier.

                Est-ce juste une bourde de la BNS ? Dans les faits oui, on peut s’interroger sur la pertinence de mettre en œuvre des mesures aussi importante sans un minimum de précaution. Mais on pourrait aussi se servir de cet exemple pour se demander si les impacts d’une telle décision ne sont pas amplifiés, exagérés et déformés par les marchés financiers dérégulés, encore plus dévastateurs lorsqu’ils paniquent. C’est dire.

 

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s