La dette publique : un problème sans nom ni fin ?

Chronique GMT du 2 février 2015

Nouvelle ancienne chronique. Pourtant celle-ci, qui date de l’arrivée de Syriza au pouvoir en Grèce (lors des élections du 25 janvier 2015), pourrait être reprise aujourd’hui mot pour mot. Pourquoi se poser la question de ce que signifie exactement la dette, le déficit etc dans le contexte de l’actuelle primaire de la droite (et vaguement du centre) ? Parce que les promesses de diminution de 100 milliards des dépenses publiques [Le Monde] concernent tou-te-s les candidat-e-s.

Trésor Public ; wikimédia commons ; CC 0

En 2012, les créanciers acceptaient un taux d’emprunt sur 10 ans négatif pour la France. Le taux pour la Grèce grimpait à 35%

Dans l’actualité la plus brûlante, on entend beaucoup parler d’un réveil des gauches radicales européennes, en citant Syriza, bien sûr, Podemos en Espagne et, parfois peut être un peu vite, Renzi en Italie. C’est surtout l’arrivée au pouvoir du parti très à gauche Syriza qui a fait porter le regard sur le reste des gauches européennes, et il faudrait distinguer les particularités de chaque parti anti-austérité. Mais voilà pour la politique, je me tourne à nouveau vers l’économie pour vous parler aujourd’hui d’une notion là encore partout présente : la dette.

            D’abord, tout le monde voit plus ou moins ce que c’est, mais cela comporte de très nombreux éléments différents, alors si vous le voulez bien, essayons d’y voir plus clair. Si on part d’une définition la plus basique qui soit, une dette, c’est devoir quelque chose à quelqu’un. On a un débiteur et un créditeur : il y a toujours deux côté à la dette (comme une transaction, il y a toujours deux faces, un vendeur et un acheteur). Maintenant, en général, on parlera surtout d’argent. On doit une certaine somme de monnaie à quelqu’un quand on est endetté. Mais pourquoi, demandent certains, pourquoi doit-on rembourser plus que ce que l’on emprunte ? La raison est très simple, la dette, alors composée du principal (la somme empruntée) et des intérêts (le supplément à rembourser) résulte en fait d’un service. En fait, lorsque vous signez pour un crédit, c’est comme lorsque vous allez chez le coiffeur, seulement au lieu de payer une nouvelle coupe, vous payez pour des petites coupures, en tout cas de la liquidité immédiatement disponible. Et se service vous allez le rembourser progressivement, en même temps que vous rendrez l’argent. C’est de ce simple fait qu’on dit d’un État emprunteur qu’il paye « le service » de la dette pour dire qu’il ne rembourse que les intérêts.

Pour un État, l’endettement n’est pas la fin du monde.

            Bon tout ça c’est très bien, mais quand on parle de la dette grecque par exemple, ça veut dire quoi ? En règle générale, on entend par là la dette extérieure et souvent même la dette publique extérieure. Comme son nom l’indique, cela signifie l’ensemble de ce que l’État grec doit à toute une série de créditeurs, et ils sont variés. Cette dette découle d’une autre grandeur, et il ne faut pas confondre les deux, le déficit public. Il s’agit tout simplement de la différence entre les dépenses de l’État et ses recettes. En réalité, vous comprenez bien que dire « les dépenses sont supérieures aux recettes » n’a pas de sens parce qu’on ne peut pas dépenser un argent que l’on n’a pas. Non en fait lorsqu’on dit qu’il y a du déficit, on sous-entend que le pays a des besoins de financements, il ne peut pas assurer ses dépenses sans emprunter. Je passe sur comment les États se prêtent les uns aux autres. Donc, le déficit est un flux, et la dette un stock.

C’est pour cela que donner l’un sans l’autre n’a pas de sens ! Si je dis d’un pays qu’il est très endetté, ça ne veut rien dire en soi, s’il n’a pas de déficit, qu’il réalise de très nombreuses recettes fiscales et qu’il y a peu de dépenses publiques, c’est très différent de s’il est endetté et qu’en plus, le déficit augmente chaque année. Ensuite, le problème n’est pas vraiment d’être endetté, un État trouve toujours quelqu’un pour lui prêter de l’argent, la question est : à quel taux pourra-t-il emprunter ? Si sa fiabilité est mise en doute, on va continuer à lui prêter, on s’est fait un plaisir de le faire avec la Grèce, mais à des taux exorbitants. A l’inverse, même avec du déficit et une dette de presque 95% du PIB, la France avait pu, en 2012, emprunter à des taux négatifs : on payait pour lui donner de l’argent, donc ça n’allait pas trop mal.

            Enfin il faut voir qu’il existe une dette publique et une dette privée, parfois semblable l’une à l’autre, parfois l’une bien plus faible ou même inexistante. C’est important de les distinguer car il faut aussi voir qui détient ces dettes. Les marchés, toujours les mêmes, direz vous ? Pas toujours ! Oui des groupes privés, des fonds de pensions, détiennent des dettes publiques, comme les États prêtent et investissent dans des firmes privées. Mais il peut arriver que la dette extérieure soit assez faible au profit d’une dette intérieure colossale. Le Japon n’a pas tellement de problème avec sa dette (plutôt avec sa monnaie) qui s’élève à quasiment 200% du PIB (pour rappel la Grèce n’est « qu’à » 175%) qui est majoritairement détenue…par les citoyens Japonais eux-mêmes. Tout cela c’est la structure même de la dette.

            La dette, si elle peut paraître comme un problème sans fin, doit au moins être comprise avant de pouvoir être soldée. Ce n’est d’ailleurs pas le but en soi de Syriza, aux affaires en Grèce, qui cherche justement plutôt à en modifier la structure, et je leur souhaite bien du plaisir, en espérant qu’ils y parviennent.

EDIT : bientôt 2 ans après cette chronique, les discussions sur la dette grecque se poursuivent. Alexis Tsipras n’est pas parvenu à obtenir une restructuration globale, et s’est vu contraint à de nouvelles mesures d’austérité. La Grèce a récemment vu sa croissance progresser très légèrement [Le Monde] mais reste très affaiblie par toutes ces restrictions. La question de l’effacement d’une partie de cette dette reste sur la table.

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